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Métier de chien : Le flic de base, de terrain, n’a qu’à bien se tenir

Belle et longue critique de Philippe, un des nombreux lecteurs de « Métier de chien » de Marc Louboutin.

« Je viens de terminer la lecture de « Métier de chien ». Bon sang !! Quel voyage ! Quel gâchis, surtout !
Tu as eu raison (permets-moi de te tutoyer. Cela peut paraître ridicule, mais j’ai été formaté toute ma carrière parisienne – je suis policier depuis 1988 – à vouvoyer tout supérieur hiérarchique au dessus de brigadier-chef !), tu as eu raison, disais-je, de rééditer ce témoignage. Les gens doivent savoir. Tout n’est que poudre aux yeux, comme une vitrine qu’on veut jolie et bien structurée, ou une représentation d’une troupe de mauvais comédiens. Les collègues doivent sortir la tête du sable et affronter une bonne fois pour toute la brutale réalité : nous sommes seuls et l’Administration n’est pas bienveillante et protectrice. Le flic de base, de terrain, n’a qu’à bien se tenir et aller dans le sens du poil et tout ira bien. Rester dans le troupeau et surtout ne pas se distinguer, en mal ou en bien. Surtout pas en bien…
J’ai refermé ton livre et j’ai comme un sale goût dans la bouche. Il y a plein de choses qui remontent à la surface. Des trucs que j’avais laissé tomber au fond pour ne pas que ça me pollue la cervelle. C’est comme
une bouteille que tu viendrais de secouer : le vin, qui ne te paraissait pas si mauvais, est troublé par le dépôt qui reposait au fond et là, tu te dis qu’il te reste 10 ans à faire, 10 ans d’une mauvaise piquette qu’il va te falloir ingurgiter. En faisant bonne figure, pour inquiéter personne, et en tentant de garder un équilibre à peu près stable dans ton service et dans ton foyer.
Mais quand même, tu repenses à ces années, vaines, dans une BAC, et celles encore plus pourries dans une salle de commandement, puis dans un bureau à côtoyer « ceux d’En-Haut ». Et tu te dis que finalement, la place d’un policier est sur le bitume et pas sur la moquette. L’air de la rue te paraît moins vicié, les malfrats plus sains que les sinistres chefaillons qui te commandent.
Et puis, tu es cabot dans une brigade de roulement en province et tu règle des différents, tu ramasses des poivrots, tu prends des beignes et ta mère se fait plus insulter qu’elle ne l’a jamais été. Tu manipules des cadavres parce que le jeunot de SOS Médecins à oublié ses gants (le dernier en date étant un collègue de brigade, parti tout seul, victime d’une « longue maladie ». Pas celle qui mène au suicide. L’autre…).
Mais tu gardes la tête haute car tu as encore tes principes, et tu peux encore te regarder, face au miroir. Tu sais que tu as aidé des gens, protégé des collègues, qui te l’ont bien rendu aussi. Et tu en a encore pour 10 ans, mais c’est pas grave, tu es avec tes potes, ta bande. Ta seconde famille. Tu es au taquet : brigadier 7ème échelon. Tu n’iras pas plus haut. Et c’est tant mieux. Tu ne deviendras pas comme eux. Tu resteras avec tes potes, à patrouiller et sillonner les rues en attendant l’appel 17, qui jalonne ta vacation de ses affaires à deux balles, ou d’autres qui finiront aux Assises.
Merci, Marc, d’avoir remué tout ça. Tu as mis sur le papier, noir sur blanc, cash et sans détour, ce que beaucoup pensent et ressentent plus ou moins confusément, parce qu’ils n’ont pas osé, ou parce qu’il n’en ont pas le talent. Tu as réveillé beaucoup de choses. Des souvenirs, des odeurs, des sons, des impressions…
J’ai aimé. Beaucoup. J’attends le second tome avec impatience.
Merci encore. »

 

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Chaque exemplaire est dédicacé et numéroté
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